« Il devrait déjà savoir le faire ! » — Que peut-on vraiment attendre d’un enfant selon son âge ?

À la rentrée, les mêmes questions reviennent souvent :

Pourquoi mon enfant oublie-t-il encore ses affaires ?
Pourquoi faut-il lui rappeler dix fois de se préparer ?
Pourquoi sait-il très bien jouer avec ses copains mais se dispute-t-il pour un rien ?
Pourquoi est-il capable de comprendre une règle, mais incapable de l’appliquer lorsqu’il est énervé ?

Nous avons parfois tendance à interpréter ces difficultés comme un manque de volonté, de maturité ou d’attention.

Pourtant, une question peut changer notre regard :

« Est-ce que mon enfant a réellement les capacités neurologiques nécessaires pour faire ce que j’attends de lui ? »

Le développement de l’enfant est progressif. Ses capacités d’organisation, d’inhibition, de gestion des émotions et de compréhension de l’autre ne sont pas disponibles d’emblée. Elles se construisent peu à peu, grâce à la maturation du cerveau, aux expériences vécues et à l’accompagnement des adultes.

Avant 6-7 ans : l’adulte est encore une véritable « fonction exécutive »

Chez le jeune enfant, les capacités d’organisation et d’autorégulation sont encore très immatures.

Il peut parfaitement connaître une règle sans être capable de l’appliquer systématiquement.

On peut donc attendre de lui qu’il participe à des petites routines, mais pas qu’il gère seul une succession complexe de tâches.

Par exemple :

« Mets tes chaussures, range ton pyjama, prépare ton sac et pense à prendre ta gourde. »

peut représenter une quantité importante d’informations à gérer.

À cet âge, l’adulte peut encore décomposer, rappeler, montrer et accompagner.

Pour l’école, cela signifie que l’enfant a besoin de beaucoup de concret :

une routine répétée ;
des consignes courtes ;
des repères visuels ;
un accompagnement dans la préparation des affaires ;
des transitions prévisibles.
Sur le plan social, le jeune enfant apprend encore progressivement à prendre en compte le point de vue de l’autre. Les conflits sont nombreux et l’enfant peut avoir besoin de l’adulte pour mettre des mots sur ce qui s’est passé :

« Tu voulais le même jeu que lui. Tu étais en colère. Mais je ne peux pas te laisser taper. Cherchons une autre façon de lui dire. »

7-9 ans : les premières véritables capacités d’autorégulation

À cet âge, l’enfant devient progressivement capable de se représenter ce qu’il doit faire, de suivre plusieurs étapes et de commencer à utiliser certaines stratégies pour se réguler.

Mais cela reste fragile.

Un enfant de 8 ans peut être parfaitement autonome le matin… et complètement désorganisé le lendemain.

Pourquoi ?

Parce que les capacités d’organisation et de régulation dépendent aussi de son état interne, de sa fatigue, de son niveau de stress, de la quantité de stimulations autour de lui.

On peut commencer à lui demander davantage :

« De quoi as-tu besoin pour ne rien oublier demain ? »

Plutôt que :

« Tu oublies toujours tes affaires ! »

On passe progressivement de faire à la place de l’enfant à l’aider à construire sa propre méthode.

Et avec les autres ?

L’enfant devient progressivement plus capable de tenir compte du point de vue d’autrui. Il peut commencer à comprendre qu’un camarade peut ressentir quelque chose de différent de lui.

Mais dans un conflit, l’émotion peut encore prendre toute la place.

Un enfant qui sait très bien expliquer la règle lorsqu’il est calme peut donc encore la transgresser lorsqu’il est très en colère.

Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise volonté.

Une compétence connue n’est pas encore une compétence disponible dans tous les états.

9-12 ans : organiser, réfléchir, prendre du recul

Entre 9 et 12 ans, les capacités d’organisation et de réflexion deviennent progressivement plus solides.

L’enfant peut davantage :

  • anticiper ;
  • planifier une tâche ;
  • différer une envie ;
  • comprendre les conséquences de ses actes ;
  • réfléchir à ses propres stratégies ;
  • prendre en compte plusieurs points de vue.

C’est un bon moment pour commencer à lui demander :

« Comment vas-tu t’organiser pour ton exposé ? »

« Qu’est-ce qui t’aide à ne pas oublier tes devoirs ? »

« Qu’est-ce qui s’est passé dans cette dispute ? »

« Qu’aurais-tu pu faire autrement ? »

On ne cherche plus seulement à réguler l’enfant, mais progressivement à l’aider à comprendre son propre fonctionnement.

C’est ce que l’on appelle notamment la métacognition : être capable de réfléchir à sa propre manière de penser, d’apprendre et d’agir.

Et les émotions dans tout cela ?

C’est un point essentiel : le développement cognitif et le développement de la régulation émotionnelle ne progressent pas toujours au même rythme.

Un enfant peut être très bon en mathématiques et avoir encore beaucoup de difficultés à gérer une frustration.

Il peut argumenter brillamment avec ses parents et perdre complètement ses moyens lorsqu’il est en colère.

Il peut savoir ce qu’il faudrait faire… sans parvenir à le faire au moment où son système nerveux est fortement mobilisé.

C’est pourquoi la question :

« Pourquoi fait-il ça alors qu’il sait très bien que ce n’est pas bien ? »

peut parfois être remplacée par :

« Dans quel état était-il lorsqu’il a fait cela ? Et de quelle capacité avait-il besoin à ce moment-là ? »

Cette question ouvre souvent une tout autre manière d’accompagner l’enfant.

Grandir, ce n’est pas seulement devenir autonome

L’autonomie ne consiste pas à demander toujours davantage à l’enfant jusqu’à ce qu’il « se débrouille ».

Elle se construit progressivement.

Au début, je fais avec toi.
Puis je t’aide à faire.
Puis je t’aide à trouver comment faire.
Et progressivement, tu peux le faire seul.

C’est particulièrement vrai pour l’organisation scolaire et la régulation émotionnelle.

L’objectif n’est donc pas de supprimer l’aide de l’adulte le plus vite possible, mais de retirer progressivement les béquilles à mesure que les compétences se construisent.

Et parfois, ce dont un enfant a besoin n’est pas d’une nouvelle punition, d’un nouveau tableau de récompenses ou d’une nouvelle injonction à « faire un effort ».

Il a besoin que l’adulte se demande :

« Qu’est-ce qui est encore en construction chez lui ? »

Une conférence pour aller plus loin

Comment fonctionne le système nerveux de mon enfant ? Pourquoi certaines émotions débordent-elles ? Comment l’aider à retrouver son calme ? Et quel est mon rôle de parent dans sa régulation ?

Je proposerai prochainement une conférence destinée aux parents autour du système nerveux et des émotions.

Nous explorerons de manière simple et concrète le lien entre corps, émotions, comportement et développement de l’enfant, ainsi que des pistes pour accompagner les moments de débordement sans chercher uniquement à faire disparaître le comportement qui dérange.

Comprendre ce qui se passe dans le système nerveux, c’est souvent commencer à regarder autrement ce que nous appelons « un comportement difficile ».

Les âges indiqués dans cet article sont des repères généraux et non des normes : chaque enfant se développe à son propre rythme, et les capacités peuvent varier considérablement selon les situations et l’état de l’enfant.